Réforme du collège: Article de PARIS NORMANDIE

Réforme des collèges, laïcité, réserve citoyenne : chantiers à la peine dans l’Education nationale

Publié le 24/01/2016 á 23H19
Controverse. Alors que la fonction publique appelle à manifester demain contre la réforme territoriale et la perte du pouvoir d’achat, les enseignants vont également observer une nouvelle journée de grève contre la réforme des collèges, même si la ministre lâche du lest. Une réforme qui ne passe pas pour l’intersyndicale. Elle demande toujours son abrogation. D’autres chantiers lancés par Najat Vallaud-Belkacem patinent : après les attentats de Charlie, puis ceux du 13 novembre 2015, la charte de la laïcité et la réserve citoyenne ne semblent toujours pas trouver leur place.
Réforme des collèges, laïcité, réserve citoyenne : chantiers à la peine dans l’Education nationale
Dans l’Académie de Rouen, les enseignants ont manifesté à plusieurs reprises en 2015 contre la suppression des classes bilangues
Les enseignants sont toujours hostiles à la réforme du collège. Un nouvel appel national à la grève est lancé par l’intersyndicale (Snes-FSU, Snep-FSU, SNFOLC, SNETAA-FO, SFSDPEP-FO, CGT, CGT enseignement privé, SNALC, SNCL, SIES, CFE-CGC, SUNDEP-Solidaires et Sud) pour demain. Une manifestation est prévue à 10 heures devant le rectorat de Rouen, puis le cortège ralliera celui de la fonction publique qui manifeste contre la réforme territoriale et la perte du pouvoir d’achat. Pourtant, la ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a lâché du lest en fin de semaine dernière. Elle a annoncé que, contrairement à ce qui était prévu, la majorité des classes bilangues, qui permettent aux élèves de commencer une deuxième langue dès la 6e, seraient maintenues à la rentrée 2016.

 

LA MINISTRE LÂCHE DU LEST, LA FCPE VEUT UNE SUSPENSION

Ainsi 70 % des classes devraient être conservées. À Paris, la totalité sera maintenue et 90 % à Marseille. Satisfaites de cette première victoire, les associations de professeurs et de parents d’élèves dénoncent cependant des disparités selon les régions. L’impression générale est que « tout semble fait de façon aléatoire, au coup par coup ». En Normandie, l’Académie de Rouen perd ainsi 77 % de ses sections bilangues. A Caen, c’est 95 % ! « Faut-il déménager à Paris pour accéder aux classes bilangues ?,s’interroge la FCPE. Mme la Ministre, Paris n’est pas la France ! Par cette mesure vous creuser une fois de plus les inégalités de territoire », ajoute la Fédération des conseils de parents d’élèves qui demande «la suspension immédiate » de la réforme du collège.

Déterminée, une partie du corps enseignant observera une nouvelle grève demain, la quatrième en moins d’un an contre la réforme du collège. La première, en mai 2015, avait été suivie par 27,6 % des enseignants de collège selon le ministère, près du double selon les syndicats. La deuxième avait mobilisé 11,9 % des profs en juin selon la rue de Grenelle, trois fois plus pour les syndicats, et la troisième, en septembre, 15,8 % des enseignants d’après le ministère et un professeur sur trois selon les syndicats. Une manifestation nationale avait également été organisée à Paris le samedi 10 octobre. Quelque 8 000 enseignants avaient participé, selon le ministère. D’après les syndicats, 15 000 professeurs étaient mobilisés.

Les principaux griefs portés par l’intersyndicale contre la réforme du collège sont une autonomie accrue des établissements, de l’interdisciplinarité et la deuxième langue étrangère dès la 5e. Les professeurs sont également très remontés contre la disparition des options latin/grec et d’une grande partie des classes bilangues. Et la disparate carte bilangues annoncée vendredi ajoute à la confusion. Toujours selon l’intersyndicale, « les nombreuses remontées des bilans des journées de formation à la réforme, organisées dans les académies, montrent clairement que le refus de cette réforme reste profondément ancré chez les personnels, que les réponses à leurs questions concernant la mise en œuvre concrète sont floues, imprécises ou dilatoires. »

Constat similaire en Normandie : « La préparation de la réforme, c’est du grand n’importe quoi » résume, lapidaire, Claire-Marie Freret, co-secrétaire académique du Snes-FSU 76. « Nous commençons à voir se dessiner de grande disparité entre les établissements, en fonction des heures de cours décidées par les chefs d’établissement. Ce que l’on craignait avec parfois 3 h 30 de langue vivante maintenue au lieu de 2. » Sur les formations qui sont actuellement dispensées aux enseignants pour préparer la rentrée 2017, la syndicaliste est tout aussi dubitative : « C’est un dispositif énorme, coûteux et lamentable en termes de contenu. C’est plusieurs journées pour 5 000 à 6 000 collègues. Les formateurs nous disent de nous mettre en groupe et de réfléchir sur comment travailler sur les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) ou l’accompagnement personnalisé. Nous sommes opposés à cette réforme et on nous demande de comment la mettre en place ! Ce qu’il en ressort, c’est que les collègues ne se saisissent pas de ces EPI. Tout le monde a l’impression de perdre une journée, personne n’y croit. Résultat, beaucoup papotent, corrigent des copies ou jouent au tarot… Ce sont des formations qui sont vides de contenu ! » Elles doivent se poursuivre jusqu’à la mi-mars pour les professeurs de collège, avant d’autres formations sur les disciplines et les nouveaux programmes.

RÉPONDRE AUX BESOINS DES ÉLÈVES

Pourtant, tous les enseignants ne sont pas aussi démotivés par cette réforme applicable à la rentrée prochaine. Le SNPDEN-Unsa, syndicat des personnels de direction, la soutient depuis le début. « Ce qui nous intéresse, c’est la part d’autonomie laissée aux établissements. Chaque collège aura une marge de manœuvre sur les heures de cours. En 2017, ce sera trois heures par classe. Pour un collège moyen, cela représente 60 heures en plus, ce qui permet de faire des choix pour les élèves », explique Corinne Laurent, secrétaire académique du SNPDEN-Unsa. « Cela peut varier selon les établissements : orthographe, travail sur la compétence écrite, lecture… Cela permet d’avoir une vraie logique d’établissement pour répondre aux besoins des élèves dans le cadre de travail en EPI ou accompagnement personnalisé. »

A. L.

« Elle est en panne… »

Pour transmettre les valeurs de la République, une « réserve citoyenne » a été créée en septembre dernier : 4 000 volontaires – 69 dans l’Eure et la Seine-Maritime – chargés d’intervenir à l’école.

C’était l’une des mesures de l’« Après Charlie » : permettre aux enseignants de faire régulièrement appel, au sein de leurs classes, à des intervenants extérieurs pour illustrer leur enseignement en matière d’éducation à la citoyenneté et à la laïcité, à l’éducation à l’égalité entre les filles et les garçons et à l’éducation aux médias et à l’information. Ambassadeur et réserviste, Laurent Desaunay dresse un bilan négatif des quatre premiers d’exercice : « L’Éducation nationale et le Rectorat sont très embêtés. Ça ne fonctionne pas au niveau national et pas plus ici, dans l’Eure et la Seine-Maritime. Ça ne marche pas car les réservistes ne sont pas contactés, il y a pourtant une plate-forme qui a été créée et les établissements scolaires y ont accès. »

Le directeur de la FOL de l’Eure explique cette désaffection par « l’hésitation des enseignants à faire rentrer à l’école des personnes de la vie civile. Il y a eu également un défaut de communication, plus la difficulté à placer nos interventions dans les programmes. » Les interventions des réservistes devaient tourner autour de plusieurs thématiques : médias, art et culture, droit et, bien sûr, la laïcité… « Sur ce dernier thème, ça a patiné, c’était le plus gros morceau mais cela n’a pas été suivi des faits pour accompagner nos interventions. Tout cela a été fait dans la précipitation. Même les enseignants ne comprennent pas le sens de nos interventions, surtout sur les valeurs de la République qui peuvent être expliquées en cours par des professeurs d’histoire par exemple. Quatre mois après, on va se dire que nous sommes contre mais qu’il faut redynamiser tout ça et avoir surtout un discours clair. » Un courrier doit être écrit dans ce sens à la rectrice de l’Académie de Rouen, Nicole Ménager.

Pas de suppressions de postes

Le comité technique académique s’est réuni à Rouen le mercredi 20 janvier afin d’examiner la répartition des emplois. L’Unsa-Éducation constate ainsi « que malgré la perte prévue de 551 élèves en collège (soit l’équivalent d’un collège moyen), aucune suppression de postes d’enseignant n’est prévue. On aurait pu s’attendre à un retrait de plus de 30 équivalents temps plein. C’est là un effet positif de l’accompagnement en termes de créations d’emplois de la réforme du collège. Ceux qui annonçaient une catastrophe en sont pour leur frais. » En lycée, les 45 créations d’emplois dans la voie générale et technologique « sont plus que bienvenues ». L’Unsa-Éducation regrette tout de même que la voie professionnelle ne voie encore aucune création de poste cette année. Ces 45 postes correspondent aux 60 000 emplois créés dans l’Éducation nationale à partir des promesses du candidat François Hollande en 2012.

Quelle laïcité à l’école ?

Au départ, il y eut la charte de la laïcité à l’école présentée par la ministre en 2013. Une charte affichée depuis dans les établissements scolaires et qui rappelle aux personnels, élèves et à l’ensemble de la communauté éducative le sens et les enjeux du principe de laïcité, sa solidarité avec la liberté, l’égalité et la fraternité, dans la République et dans le cadre de l’École.

Puis, il y eut les attentats de janvier 2015, notamment contre le journal satirique Charlie Hebdo. Najat Vallaud Belkacem annonçait alors « une grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République. » Structurées autour de onze mesures, les deux premières rendent compte de l’optique retenue pour asseoir la laïcité à l’École : « Mettre la laïcité et la transmission des valeurs républicaines au cœur de la mobilisation de l’École »; « Développer la citoyenneté et la culture de l’engagement avec tous les partenaires de l’École ».

Un an plus tard, qu’en est-il ? « On n’en parle pas suffisamment», juge Thierry Patinaux de l’Unsa Éducation. « Un référent académique a été nommé, ainsi que d’autres personnes. Des formations seraient toujours en cours… C’est vrai que depuis les événements, les collègues sont plus vigilants. Notre syndicat a toujours été un militant de la laïcité. C’est vrai qu’il y a eu des entorses comme organiser des épreuves du Bac dans des salles de cours privés où un crucifix était accroché au mur. Depuis un an, cela devient plus raisonnable mais nous sommes dans une période complexe. Après l’épisode Charlie, tous les élèves n’ont pas voulu s’associer, une minorité mais les esprits et les réponses restent brouillés. Nous pouvons mieux faire, il y a des réponses à apporter. »

Pour le syndicat des chefs d’établissement SNPDEN-UNSA, « la laïcité à l’école est étudiée au collège en 3e et dans les lycées. C’est obligatoire et c’est un vrai enjeu de société. Tous nos collègues et les équipes sont très mobilisés autour de ces heures de cours, avec des débats et des interventions » souligne Corinne Laurent, secrétaire académique.

 

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